2026-2027




Vingt ans après la création de l’œuvre, les Leçons de Ténèbres de Philippe FÉNELON ont été reprogrammées par le Théâtre National du Capitole de Toulouse, donnant lieu à un magnifique concert dans la chapelle des Carmélites en mai 2024.
Cette première date a marqué l’aboutissement d’une collaboration étroite entre le compositeur et les musiciens de PRÉCIPITATIONS et initié un travail de fond pour les prochaines années.
Rappelons que la période baroque en France a fait de la Semaine Sainte un moment-clé de l’année liturgique auquel elle a dédié un genre musical propre : les Leçons de Ténèbres, tirées des Lamentations de Jérémie. Exprimant la douleur, la déchéance et l’errance morale du peuple juif condamné à l’exil au Ve siècle avant Jésus Christ, ce recueil d’élégies du prophète Jérémie offrait un parallèle à la période d’obscurité vécue plus tard au moment de la condamnation à mort du Christ.
Ainsi, au milieu du XVIIe siècle, la semaine sainte est devenue un moment prisé par l’aristocratie et la bourgeoisie françaises pour venir entendre, dans les monastères, les compositions de Marc-Antoine CHARPENTIER, Michel LAMBERT, ou, plus tard, de François COUPERIN. Ces chants funèbres sur la destruction de Jérusalem par les babyloniens donnaient lieu, pendant leur exécution dans les couvents, à une extinction progressive des chandelles, pure théâtralisation des « ténèbres ».

Philippe FÉNELON, nourri de la musique de Marc-Antoine CHARPENTIER dont il ressent intimement le geste compositionnel et théâtral ainsi que l’élan plaintif, propose sa vision des ténèbres, pour trois voix de femmes et un ensemble de six instruments anciens.
Par son écriture tour à tour incisive et délicate, par une grande variété de mouvements, de contrastes et de figures de styles parfois exubérantes, il renouvelle la contemporanéité de ces instruments et donne à entendre l’expression extrême de la déploration.
À travers ce thème fondateur voyageant de l’Ancien Testament à aujourd’hui, PRÉCIPITATIONS pose un regard contemporain sur ces époques et récits bibliques qui s’extraient de l’oubli, se télescopent et dialoguent.
S’il rappelle que ces chants de désolation, évocations de ruines, de persécutions et de misère ne cessent d’étendre leur portée universelle aux générations actuelles et peuples meurtris par les ravages de la guerre, l’ensemble propose d’y entendre aussi une manière d’imaginer un avenir.